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Taux de change et inflation, qui pousse l'autre

Le lien entre le change et les prix va dans les deux sens, avec des délais différents. C'est ce décalage qui rend la relation difficile à voir dans les chiffres d'un mois donné, et parfaitement lisible sur quelques années.

Du change vers les prix

Quand l'euro faiblit face au dollar, tout ce que la zone euro achète en dollars coûte plus cher en euros, sans qu'aucun prix n'ait bougé chez le vendeur. Le pétrole, le gaz, une grande partie des matières premières et des composants électroniques sont facturés en dollars : leur prix en euros dépend donc autant du change que du marché lui-même.

Les économistes appellent cela le passage du taux de change aux prix. Il a trois propriétés qu'il vaut la peine de connaître.

Il est incomplet. Une baisse de 10 % de la monnaie ne produit pas 10 % d'inflation. Les importateurs absorbent une partie du choc dans leurs marges, surtout s'ils craignent de perdre des clients, et la part importée d'un prix final n'est presque jamais de cent pour cent.

Il est lent. Les contrats d'approvisionnement courent, les stocks s'écoulent, les étiquettes se changent par vagues. L'effet s'étale sur plusieurs trimestres.

Il est asymétrique. Une hausse de coût passe généralement dans les prix plus vite qu'une baisse.

Ce qui traverse, et ce qui ne traverse pas

Poste de dépenseSensibilité au change
Carburant, énergieForte et rapide
Électronique, appareils importésForte, avec quelques mois de décalage
Café, cacao, produits tropicauxForte, la matière première se paie en devise
Alimentation produite localementPartielle, via l'engrais et le transport
Loyer, coiffeur, restaurantPresque nulle

D'où une observation qui surprend souvent : une monnaie peut perdre plusieurs pour cent sans qu'un ménage le remarque dans son budget courant, parce que l'essentiel de ce budget est local.

Des prix vers le change

Dans l'autre sens, la relation est plus lente et plus sûre. Un pays où les prix montent durablement plus vite que chez ses partenaires voit sa monnaie perdre du terrain, parce qu'à un moment, la même somme n'y achète plus la même chose.

Ce n'est pas immédiat : sur un an, les taux d'intérêt et les flux de capitaux dominent complètement. Sur dix ans, l'écart d'inflation finit par apparaître dans le taux de change avec une régularité difficile à ignorer.

La boucle, dans ses deux versions

La version stabilisante est celle qui fonctionne dans une économie où la banque centrale est crédible. La monnaie baisse, l'inflation monte, la banque centrale relève ses taux, les capitaux reviennent, la monnaie se stabilise. La Banque centrale européenne vise une inflation de 2 % à moyen terme et suit le change pour cette raison précise : il agit sur les prix.

La version déstabilisante existe aussi. La monnaie baisse, les prix montent, les habitants cessent de croire à la stabilité, se mettent à détenir des devises étrangères, ce qui fait encore baisser la monnaie. Cette spirale a été observée dans plusieurs pays, et elle ne s'arrête pas toute seule : il faut une rupture de politique pour en sortir.

Le piège du voyageur

Voilà l'application la plus concrète, et elle est contre-intuitive.

Quand une monnaie perd 30 % face à l'euro, on en conclut que le pays est devenu 30 % moins cher. C'est faux dès lors que la baisse de la monnaie s'accompagne d'une forte inflation locale, ce qui est presque toujours le cas. Les prix affichés sur place montent en même temps que le change se déprécie, et les deux effets s'annulent en grande partie.

Le chiffre qui compte n'est donc pas le taux de change, mais le taux de change corrigé de l'inflation des deux côtés — ce que les économistes appellent le taux de change réel. Une destination ne devient réellement moins chère que si sa monnaie baisse plus vite que ses prix ne montent.

Ce qu'il faut en retenir

  • Un cours du jour ne dit rien du pouvoir d'achat sur place. Il dit combien d'unités on obtient, pas ce qu'elles achètent.
  • Une monnaie stable ne garantit pas des prix stables, et l'inverse est vrai aussi.
  • Sur un horizon court, ce sont les taux d'intérêt et les flux qui commandent le change — sujet développé dans pourquoi une monnaie monte ou baisse.
  • Sur un horizon long, l'écart d'inflation finit par l'emporter, et c'est ce qui rend les comparaisons de cours sur vingt ans si trompeuses quand on oublie de tenir compte des prix.

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Questions fréquentes

Le fonctionnement concret des taux de change : ce que publie exactement la Banque centrale européenne, pourquoi un taux croisé est un calcul et non une cotation, ce qui se passe entre le cours affiché et le débit sur un relevé de carte, ou comment lire un graphique sur douze mois. Chaque article part d’un chiffre vérifiable plutôt que d’une opinion de marché.

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